Un édifice est toujours porteur d'une histoire distincte de celle de tous ceux qui l'ont fréquenté, habité, visité. C'est cette histoire qui est généralement privilégiée dans la présentation qui est faite des édifices ou des monuments « historiques ». Mais cette histoire se rattache à une réalité matérielle qui en porte les traces. La réalité matérielle d'un édifice, qu'il soit ou non monument historique, ne s'appréhende pas par le seul regard ; l' « intelligence » d'un monument repose sur la prise en compte de tous les éléments matériels, visibles ou cachés qui le composent. Les éléments cachés sont tous ceux que masquent la « peau » de l'édifice, la surface de la pierre, les enduits, les badigeons, les meubles et immeubles par destination (on désigne par ce nom tous les éléments annexés à l'architecture mais faisant corps avec elle (boiseries, cheminées, éviers, verrières etc…).
La prise en compte de ces éléments cachés ne peut se faire qu'au cours de restaurations ou de campagnes de fouilles qui relèvent de l'archéologie « stratigraphique » et de l'archéologie du « bâti ». La prise en compte des éléments visibles participant de l'histoire du monument relève elle aussi d'une pratique « archéologique »; cette archéologie qui s'efforce de comprendre l'histoire d'un monument par l'observation scientifique et précise de ses parties accessibles en amont de la fouille, des sondages ou des analyses physiques ou chimiques des matériaux relève de ce que l'on désigne du nom d'archéologie monumentale. La pratique de l'archéologie monumentale nécessite la mise en œuvre d'une méthode qui s'appuie en grande partie sur la maîtrise du relevé d'architecture. C'est en effet à partir de relevés précis et détaillés que l'on peut formuler des interprétations de la genèse complexe d'un monument historique.