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Les
premières années parisiennes dans le palais de la
cité sont sans doute inconfortables pour la jeune princesse, étrangère
par sa langue et sa culture à une cour où la reine mère,
Adélaïde de Savoie, tient encore une place importante. Par ailleurs,
le rôle de protecteur qu’est appelé à jouer Louis
VII sur l’Aquitaine ducale l’entraîne en 1141 dans une
expédition malheureuse contre le comte de Toulouse. Les enjeux de la politique féodale viennent interférer avec l’action de la jeune reine quand celle-ci favorise le mariage de sa sœur, Pétronille, avec le sénéchal de France Raoul de Vermandois. Elle avait obtenu la dissolution du premier mariage de ce seigneur puissant avec la nièce du non moins puissant Thibaud de Blois, comte de Champagne, sous prétexte de consanguinité. Le pape sanctionne la dissolution et excommunie les nouveaux époux et les évêques qui s’étaient prêtés à la machination ; c’est l’une des raisons qui dressent Innocent II contre le roi de France celui-ci défiant l’autorité pontificale en tentant d’imposer son propre candidat au trône épiscopal de Bourges. Au cours de la guerre qui s’ensuit, les troupes royales sous l’ordre de Raoul de Vermandois massacrent la population de Vitry-en-Perthois en incendiant l’église dans laquelle les habitants s’étaient réfugiés. Aliénor fut tenue pour responsable de ces drames et la confiance du jeune roi en son épouse chancelle sous l’évidence du châtiment qu’il encourt en poursuivant la défense de ses intérêts. Bernard de Clairvaux, le réformateur de l’ordre de Citeaux est l’artisan de la conversion du roi à un christianisme militant et austère entièrement soumis à la papauté. L’abbé Suger, dont les sages conseils ont été négligés au profit
de ceux qui constituaient l’entourage de la Reine, continue cependant
son œuvre au profit de la royauté en assurant le rayonnement
du panthéon royal de Saint-Denis au cours d’une [
cérémonie de dédicace du chœur le 11 juin 1144
] qui réunit la fleur de la chrétienté. C’est
pour Aliénor l’occasion de s’entretenir en privé
avec Bernard de Clairvaux qui l’engage à plus de réserve
dans la vie politique ; en échange, il l’assure de ses
prières en faveur d’une intervention divine susceptible de
permettre à la reine de donner un héritier mâle à
Louis VII.Quelques mois plus tard, c’est d’une fille, prénommée Marie, qu’accouche la reine. En 1145, pour la Noël, le roi annonce à Bourges son intention de se croiser [ contexte religieux ]. Le pape Eugène III, un ancien moine cistercien, approuve le projet qui est promu avec vigueur par Bernard de Clairvaux à Vézelay en 1146 à Pâques. Lorsque la croisade s’ébranle, le 12 mai 1147, c’est un cortège mixte qui quitte Saint-Denis : contrairement à ce que l’on peut attendre d’une expédition militaire aussi risquée que chaste, la deuxième croisade fait la part belle à la reine et à sa suite féminine [ la femme au XIIe ]. |
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