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Convoité par les ducs d’Aquitaine pour son importance stratégique,
le château de Blaye fut également un haut lieu de la lyrique
courtoise.
Situé
sur une colline dominant la Gironde d’une trentaine de mètres,
Blaye fut de tout temps considéré comme le verrou de Bordeaux,
surveillant le fond de l’estuaire. Point de passage obligé,
Blaye contrôle également l’antique voie nord-sud reliant
la France du Nord et le Poitou au Sud-Ouest et à l’Espagne.
Dès le IVe siècle, le poète Ausone mentionne le castrum
de Blavia, signe de l’importance stratégique du site. La
cité doit en partie sa renommée à la présence
du corps de l’évangélisateur saint Romain qui y est
mort en 385 et pour lequel on fit construire une basilique. Selon la légende,
c’est dans cette dernière que Charlemagne aurait fait enterrer
Roland après la défaite de Roncevaux. Blaye devient donc
rapidement un lieu de pèlerinage renommé et une étape
incontournable sur le chemin de Saint-Jacques, avant de rejoindre Bordeaux
par bateau.
Pris par les comtes d’Angoulême en 994, le château
reste dans la branche des Rudel jusqu’au début du XIVe siècle.
Cependant, le duc Guillaume IX assiège la forteresse en 1096 et
la fait raser. Vulgrin II Rudel reprend le site vers 1127 et contre l’avis
du duc, y fait reconstruire le château vers 1140. Le légendaire
troubadour Jaufré Rudel est le plus illustre représentant
de cette famille. Né vers 1113, il participe à la seconde
croisade et meurt en Terre Sainte vers 1162. Contrairement à ce
que prétendent les chansons qui le qualifient de « prince
de Blaye », il n’en fut vraisemblablement jamais le seigneur.
Il est possible que Jaufré soit le frère de Vulgrin ;
quoi qu’il en soit Geoffroy II, fils de ce dernier, lui succède
comme seigneur de Blaye vers 1145. Pour clore la succession au cours de
ce siècle, Geoffroy III, fils du précédent, hérite
de Blaye vers 1180-1187, il meurt en 1245.
Le château de Blaye renommé pour ses seigneurs troubadours
est aussi un lieu historique : dans ses murs le roi-duc et le comte de
Toulouse signent une alliance en 1159.
Le château du XIIe siècle ne nous est pas parvenu. En effet,
les restes les plus anciens du château Rudel datent du début
du siècle suivant. Cette forteresse se présente sous la
forme d’un triangle irrégulier de 40 m de côté,
flanqué de six tours ; elle est inscrite à l’intérieur
de
l’enceinte urbaine dont la construction la précède
de peu. L’entrée principale de la ville est la porte Saint-Romain
dont les éléments anciens – un simple passage large
de 2m50 percé dans la muraille – remontent à la fin
du XIIe siècle ; cette porte ouvre alors directement sur l’église
du même nom. Le site connaît de nombreuses modifications dans
les siècles qui suivent avant d’être partiellement
détruit ou intégré dans l’imposante citadelle
construite par Vauban à partir de 1685. La ville rejetée
à l’extérieur de l’enceinte s’installe
alors autour de l’église Saint-Sauveur. |
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